11 septembre 2006 - Notice sur l'Abbaye de Roseland

Publié le par Amis Villa Ephrussi de Rothschild

   Un symbole de l'évolution des collines niçoises :
L'Abbaye de Roseland
Fabron - Nice
 
présentée par
Madame Martine Gasquet Daugreilh - Mission Abbaye de Roseland - Ville de Nice
et
Monsieur Olivier Perpoint - Les Amis de la Villa Ephrussi de Rothschild
 
A l'origine propriété rurale, l'Abbaye de Roseland a évolué au fil des siècles. Les propriétaires successifs ont su l'adapter à leurs temps. Ainsi, bien qu'en triste état, elle a survécu. Devenue oeuvre d'art, son histoire et ses éléments architecturaux illustrent à merveille l'évolution de la vie sur les collines niçoises.   L'Abbaye de Roseland est un symbole unique.
 
De grandes familles niçoises écrivirent une première période. Le 26 juillet 1763, à la mort du premier propriétaire connu Jean-Ange Dalmassi de Farane, Alexande-Auguste Lascaris-Vintimille, chambellan du duc de Modène hérite de l'Abbaye de Roseland (Elle ne portera ce nom qu'à partir des années 1920).  En 1792, elle est confisquée par les troupes révolutionnaires. Propriétaire depuis 1815, la Famille Jaume revend le vaste domaine à un russe.
 
En 1878, Antoine de Saint Petersbourg Stephanovitch dit comte Appraxine tourne une nouvelle page dans l'histoire de l'Abbaye de Roseland. La maison devient une résidence de villégiature. L'art commença à prendre possession du lieu : le comte était en autre un grand mélomane. Il fit aussi des actes de bienfaisances en direction des « autochtones » avec en particulier la création d?un« asile permettant à la population laborieuse du quartier, de confier leurs enfants pendant les heures de travail » au 148, avenue de la Californie. Il devint ensuite une école qui existe toujours. Elle a été transférée depuis 1986 à la Villa « Stella Marie » - 54, avenue de la Corniche fleurie.
 
Jusqu'aux années 1920, la maison n'avait pas cet aspect. Le cloître, la chapelle et les éléments architecturaux viendront au chapitre suivant. C'était une classique bastide tout à fait représentative du Midi méditerranéen. Mise à part la structure et les éléments architecturaux (lambris, menuiserie du XVIIIe,...) aucune information ne permet de dater la construction de la maison et ses dépendance d'avant le 18eme siècle. Elle fut peu modifiée au XIXe siècle (ornementation en trompe-loeil), mais métamorphosée au XXe siècle.
 
Comme tous les grands domaines des collines niçoises, la propriété avait essentiellement une vocation agricole. Vignes, oliveraies, fleurs, fruits et légumes firent vivre le domaine jusque dans les années 1960. Cette bastide « produisait » son vin. Un moulin à huile au rez-de-chaussée témoigne de son activité oléicole. Des photographies et des écrits attestent de l'activité principalement agricole du domaine : dans les parties hautes et basses : des fleurs vendues soit coupées, soit pour la production du parfum : oeillets, giroflées, dahlias, rosiers, orangers, de la vigne, des oliviers. Dans la partie haute, se trouvent des cultures potagères ou maraîchères : poivrons, pommes de terre, oignons, épinard, petits pois. Tomates, haricots, aubergine, melons, sont régulièrement vendus au marché ainsi que les reines marguerites. Les élevages de lapins, de volailles et peut être d'autres animaux (dont au moins un mulet) produisent du fumier utilisé comme engrais pour les cultures. Le bois de chauffage est issu du domaine.
 
La métamorphose rendant l'Abbaye de Roseland lieu indestructible du patrimoine niçois commence en 1923. Edouard Lacarde, antiquaire parisien spécialisé dans l'époque médiévale, originaire du sud-ouest, achète la bastide et une partie (10 hectares) des terrains. Il est réputé dans le monde des arts. Pour ses nombreux legs au Louvre, une salle du musée porte son nom.   L'amateur de vielles pierres incorpore au bâtiment de nombreux éléments médiévaux, essentiellement du XVe siècle, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Sur la façade, il fait réalisé un nouveau décor en trompe-l'oeil renforçant l'aspect gothique. Il conserve les éléments du XVIIIe siècle, en particulier les portes, les fenêtres, les alcôves. Boiseries d'époque, armures, toile de peintres primitifs complètent la décoration intérieure. Il recréa même un tombeau égyptien dans une pièce (creusée dans la roche) et dont les chercheurs n'ont pas percé les secrets. La maison reçoit le confort moderne : salles de bains créées, cuisine réaménagée. Ses éléments d?hygiène sont toujours en place.
 
Un cloître et sa chapelle sont inventés par Edouard Larcade. Juste au dessus de la bastide, il fait remonter, et additionne en un seul, deux cloîtres. Une première série de vingt six colonnes datant du Ve et VIe siècle, provenant de la Daurade, prestigieux édifice religieux toulousain sont associées à celles du cloître de Bonnefont et d'autre édifice de la région du Comminges - sud ouest de la France. Les colonnes de cette seconde série sont elles caractéristiques de l?Art gothique. Cette « folie », unique à Nice, est composée d?exceptionnelles et rares pierres.

Pour les jardins, il compte sur le savoir faire de l'architecte paysagiste Octave Godard, originaire de Picardie. De 1923 à 1927, un jardin d'aspect composite alliant à la géométrie à la française, des allées et pelouses ponctuées de rosiers, une note italienne apportée par les sculptures, vasques, mobilier de marbre blanc, formant contraste avec les sinuosités à l'anglaise de la montée au cloître. Les essences méditerranéennes, chêne vert, olivier, caroubier, pin d'Alep, cyprès, genêt voisinent avec une végétation exotique variée : arbre de Judée, néflier du Japon, pittosporum de Chine, eucalyptus, palmier des Canaries et palmiers nains, figuier de Barbarie, aloès, agaves... A l'Abbaye de Roseland, il prend acte des dernières tendances du jardin méditerranéen. Sur la même période, il travailla aussi pour Edouard Soulas à la création du jardin paysager de la propriété voisine : Les palmiers (actuelles archives municipales de la Ville de Nice)
 
Une immense roseraie fut plantée à l'entrée du domaine. L?association des éléments religieux et des roses inspira le nom d'Abbaye de Roseland (pays des roses).
 
Edouard Larcade décède en 1945. Son oeuvre continua d'être habitée par sa famille.
 
L?art contemporain envahi l'Abbaye de Roseland lors des Festivals des Nouveaux Réalistes de 1961 et 1962. Le fils d?Edouard Lacarde, galeriste d'avant-garde à Paris, réuni ainsi : Yves Klein, Arman, César, Christo, Jean Tinguely, Nikki de Saint Phalle. Karel Appel y réalise plus de 25 sculptures. Ce fut un grand moment pour ce qui est appelé maintenant l'école de Nice.
 
La ville colonise les collines niçoises. A l'instar de nombreuses belles demeures patriarcales ou de villégiature des collines niçoises, 1968 vit  le morcellement de la propriété. D'imposants immeubles d'une vaste résidence de standing remplacèrent les cultures. Fort heureusement, la maison et ses « fabriques » ne furent ni divisées en appartements, ni détruites.
 
L'Abbaye de Roseland fut en sursis grâce au don de Madame Edouard Larcadeà la Ville de Nice à son décès en 1979 (en nue-propriété depuis 1968). Mais surtout, elle fut définitivement protégée de la démolition grâce aux actions de l'Association des Amis de l'Abbaye de Roseland et à son classement au titre de Monument Historique en 1996.
 
Le passé est connu. Le présent est bien triste. L'avenir reste à écrire. La ville de Nice a cherché -encore récemment en 2005- des solutions. Mais la page reste blanche...
           Souhaitons revenir dans quelques années lire les nouveaux chapitres d'Abbaye de Roseland.
 
Olivier Perpoint
pour les Amis de la Villa Ephrussi de Rothschild
Septembre 2006
 
Nous remercions les services de la Ville de Nice pour nous avoir ouvert exceptionnellement les grilles de l'Abbaye de Roseland en particulier la Mission Abbaye de Roseland.  Pour l'ensemble de ses explications éclairées, nous remercions tout spécialement Madame Martine Gasquet Daugreilh.
 
 
Sources :
Etude préalable 
à la restauration de l'Abbaye de Roseland 
par Pierre-Antoine Gattier, Achitecte M.H.                                             
Communication en 2002 dans la publication In situ
Article sur l'Abbaye de Roseland
par Jean Marx, Architecte M.H.
Demeures d'Azur
par Didier Gayraud - Editions du Cabri 1998
 
Article sur l'école Apraxine
dans Le pointu de Carras 2004
par Lucien Delobette
Diaporama photographique par la Ville de Nice

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